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 Gabrielle I. Andersen

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Ashling
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Quasar
Quasar
Sujet: Gabrielle I. Andersen    Mer 25 Mai - 1:24

« LÀ OÙ MES FRÈRES VOIENT LE MAL, JE REGARDE LA MORT ; ET LE BIEN, LA VIE. »

Gabrielle Iris Andersen • Née depuis des milliards d'années, elle-même serait incapable de vous répondre précisément. • Gabrielle est née au cœur du paradis. Mais de part son prénom, elle se fait facilement passer pour britannique. • Hétérosexuelle. • Archange. • En recherche d'une utilité à Miyona. • Saber de - Fate/stay night.

Au grès des rayons dansants, avant que le crépuscule ne se fasse roi, cette mélancolie ne cherchait plus à se cacher dans son regard. Le Soleil se faisait de plus en plus proche avec les lignes arrondies de la Tamise. La frénésie de la ville ne semblait pas se calmer, à croire que les humains, et plus particulièrement les londoniens étaient moins diurnes que nocturnes.

Premier grondement de l’horloge. Depuis la ClockTower, elle écoutait le cliquetis mécanique sourd et lourd des aiguilles de l’immense horloge de Westminster, seconde par seconde… Gabrielle laissait son regard se balader librement sur les passants plus bas, sur l’architecture gothique, si bien mise en valeur par ce coucher de Soleil. Un regard contemplatif, un regard mélancolique. Un regard aux pupilles vives d’un bleu azuré, mais qu’il pouvait sembler se rapprocher du vert ambré selon les moments de la journée, comme en ce moment. Assise entre deux arcs brisés, juste au-dessus de l’horloge, les jambes négligemment dans le vide, l’Archange soupira légèrement L’astre de jour faisait briller ses cheveux d’un blond solaire, dont seules les mèches libres subissaient la douce brise d’été. Le reste de sa chevelure restait comme souvent, emprisonnée dans un chignon réalisé tellement de fois que le geste de Gabrielle en devenait mécanique pour le faire. Quelques épis rebelles semblaient vouloir y échapper, mais ils n’étaient finalement que témoins de sa fatigue, ainsi que de sa journée éprouvante.

Deuxième grondement de l’horloge. Bientôt vingt-trois heures déjà…  Appuyée contre un de piliers de l’arc, son dos restait pourtant droit, témoin de l’habitude de l’ange à garder une belle stature, à rester fière, pur reflet de sa personnalité. Le Soleil se noyant dans l’eau calme du fleuve, la pâleur de sa peau ressortit un peu plus. Une blancheur angélique, d’une certaine manière… la même qui couvrait ses mains fines. La même peau que celle des autres Archanges, de ses frères et sœurs, cette même lumière qui noyait le cœur du paradis, le palais céleste.

Troisième grondement.
Même assise, même cachée dans les hauteurs de la Tour, il était assez simple de dessiner sa silhouette. Ses longues jambes battant négligemment, son corps fin suspendu au vide, ses étroites épaules posées contre le pilier… La Lune éclairait à présent cette chaude nuit d’été, alors que les enseignes aux couleurs vives faisaient autant battre le cœur de la ville, que les rires de joies des humains.

Quatrième grondement. Minuit.
Gabrielle se redressa, toujours sur son poste d’observation, regardant cette mégalopole qui avait toujours été sa préférée d’entre toutes. Une fois debout, on pouvait se rendre un peu plus compte de sa taille, moyenne diraient sûrement beaucoup d’européens, non petite, mais non plus trop grande. Équilibrée.
L’Archange leva ses yeux azurés vers la Lune, dévoilant une partie de son cou fin, ornée d’un simple collier, une chaîne dorée à laquelle pendait une discrète fleur de lys en or.
Un regard fatigué, mais empli d’un espoir millénaire.
Et un sourire se dessinant légèrement ses lèvres rosées, un sourire signe d’un nouveau chapitre, d’une nouvelle heure à la longue journée de sa vie.

Douce • Attentive • Fière • Compréhensive • Tolérante • Courageuse • Déterminée • Aimante • Mélancolique • Empathique • Vive • Émotive • Loyale • Droite • Observatrice • Critique • Exigente • Attachante.

On voit souvent les anges comme les créatures les plus vertueuses de ce monde. Des créatures nées du Paradis, ainsi aussi pures que ce lieu divin. La culture populaire veut qu’elles ne soient que bonté, gentillesse et pardon.

Mais il est souvent oublié, que chaque ange possède son identité et son unicité, qu’ils ne sont pas tous des clones au-delà de leurs missions et une fois sortis du Paradis, séparé de ses frères et sœurs, tous ses traits de caractère, toutes les petites imperfections et particularités ressortent clairement.

Gabrielle ressemble à cet idéal angélique. On la déclare douce, attentive, tendre, empathique ou bien même compréhensive. C’est vrai qu’elle possède tous ces traits si caractéristiques de sa condition, mais Gabrielle, c’est également une femme qui après tant d’années à vivre, tant d’Hommes rencontrés, tant d’épreuves traversées, s’est forgée, son unicité parmi les autres Archanges.  

La confidente. Un rôle qu’elle endossait souvent auprès des autres. Gabrielle avec cette capacité d’écoute et cette facilité à comprendre les autres. Empathique. Au-delà du simple caractère, Gabrielle a toujours aimé en être capable malgré le double tranchant que cela comporte. Comprendre les humains lui fut donc possible, comprendre leurs passions, leurs objectifs, et leurs façons de penser, jusqu’à souvent y assimiler  ses propres sentiments malgré sa nature tellement différente.

La mère. C’est le cas pour beaucoup d’Archanges. Eux qui ont vu naître la première génération d’anges, et toutes celles qui suivirent. Gabrielle a tout appris à certains d’entre eux, a toujours essayé de leur donner toutes les cartes pour qu’ils puissent mener à bien leurs missions. Mais au-delà des éducations militaires, Gabrielle s’est toujours inquiétée pour ceux qu’elle avait pris sous son aile. Si bien qu’encore aujourd’hui, elle a tendance à se lier à des êtres plus faibles, à vouloir leur offrir ses connaissances, à les protéger pour mieux leur permettre d’apprendre. Leur montrer la beauté du monde malgré la noirceur grandissante de l’humanité. Leur expliquer que les armes ne sont pas la meilleure voie à suivre, que l’éducation, l’altruisme, la bonté et l’envie de se surpasser pour les autres autant que pour soit même peut permettre de trouver ce monde de tolérance, cet utopie dont rêve encore certaines nuits Gabrielle.

Celle qui protégerait ceux qu’elle aime par tous les moyens.

La sœur. Un peu comme la confidente, Gabrielle, c’est aussi cette créature désirant voir les autres sourire. Cette femme réfléchie, souvent perdue dans ses souvenirs et pensées, celle qui peut passer des nuits à lire, dévorer les bibliothèques, mais qui lâchera ses occupations avec une pointe de malice pour les autres. On pense souvent que ladite malice et rhétorique sont souvent communes et caractéristiques  des démons, pourtant Gabrielle s’y frotte aussi. Oui, Gabrielle peut parler pendant un temps infini sur un sujet la passionnant ou la touchant mais inversement certaines personnes, dont un mortel lui ont appris et donné envie de rire, de sourire par-delà le but principal de sa vie, sa mission. Certains anges ne vivent que pour leurs missions, leurs esprits uniquement centrés sur celle-ci. Au début c’était le cas de Gabrielle… Avant de comprendre qu’elle pouvait vivre sa vie, ses sentiments, sans faillir au but de sa naissance.

La femme.
Au début si effacée derrière l’Archange. Celle que les livres, les Hommes et Lui ont fait ressortir avec le temps. Celle qui pouvait avoir confiance en l’humanité, mais qui ne l’accordait totalement que si peu à titre individuel. Derrière cette sœur, cette mère, cette ange, c’est bien un océan de sentiments, de ressentis et d’envies qui coule dans ses veines. Une femme fière, refusant de se laisser rabaisser par les autres. Gabrielle gardant la tête haute malgré les larmes qui emplissent souvent ses grands yeux bleus de larmes, Gabrielle, sensible.

Elle est compréhensive auprès de tous, a une forte capacité à rassurer, à redonner espoir, mais toujours en tant qu’ange.

Peu ont pour autant vu la douceur de Gabrielle dans l’intimité. Ces moments où elle ne vous regarde pas comme un humain perdu, comme un ange dans le doute, mais comme une personne ayant réussi voler une place dans son cœur si ancien. Ces personnes envers lesquelles Gabrielle peut se montrer exigeante, pour qu’elles fassent ressortir le meilleur d’eux-mêmes.

Vive. Ce qui peut paraître assez étrange pour ceux qui la voyait dans son observatoire, ou quand elle se perd sur le regard de sa fenêtre, perdue dans ses lectures. Et pourtant si, Gabrielle n’est jamais restée à rien faire, toujours laisser son esprit occupé, voilà comment elle vit. S’occuper des plus faible, participer à étendre les connaissances, simplement passer du temps avec ceux dont elle est le plus proche. Aussi ne vous étonnez pas de la voir marcher sur la plage au Soleil couchant, plutôt que de simplement restée enfermée dans sa chambre.

Mais c’est aussi quand elle se perd dans ses réflexions, dans ses pensées qu’elle ressort si distinctement. Cette mélancolie qui a infiltré son cœur, presque invisible aux creux de ses iris océanes. Cette mélancolie face à un passé si lumineux mais révolu, cette tristesse en voyant des perspectives d’un avenir clair de plus en plus fines, faibles… L’usure d’un espoir presque  mort.

Elle est belle avec son sourire, avec sa douceur. Mais Gabrielle est aussi fatiguée. Fatiguée de voir le monde en dérive malgré ses efforts… Triste mais aussi en colère. Une colère envers ses anciens frères, ceux qui ont préféré succomber à la facilité. Ceux qui ont épousé les vices nés des Hommes. Gabrielle sait bien que malgré son âme, sa vertu n’est pas restée éternelle, mais eux… Eux ont laissé tous ces vices pénétrer leurs âmes et abandonner totalement les principes du Paradis. Sans laisser la place à un équilibre.

Calme mais toujours vive, et malgré les différentes épreuves qu’elle a pu traverser, si émotive, il lui arrive de s’emporter. De laisser ses sentiments la guider selon leurs forces, d’essayer de faire confiance à son intuition au-delà de ses connaissances. C’est ce qui l’a poussée par le passé à être détruite pas des jugements divins. Car malgré sa soif de justice, malgré son envie d’un monde juste pour tous, elle-même a conscience de ses faiblesses caractérielles, de sa propension à penser plus loin que la logique divine, claire mais tellement inflexible.

Influée par ses propres sentiments, par cette part d’humanité résidant en elle. Mais capable également d’influence sur les autres. Pas dans des proportions infinies, naturellement. Mais Gabrielle a toujours eu un certains pouvoir pour calmer, aider les esprits à se dépasser, leur murmurer de revenir dans le droit chemin, de ne pas se laisser manipuler par les démons. C’est une des facettes de sa magie blanche, reflet du Paradis. Car Gabrielle ainsi que tous ses frères est née avec sa propre force, qu’elle a toujours considérée comme étant l’autre grand cadeau de son Père envers elle, au même titre que la vie. Une magie pure, en totalement opposition à celle des démons. Affaiblie sur Terre, mais toujours présente, une magie lui permettant de ne pas vraiment craindre les démons, ni ses subordonnés, même si de mémoire et par volonté, elle ne tient pas spécialement à en faire un usage aussi radical.

Une Archange attachée à la vie, rêveuse, douce. Une femme avec ses passions, avec sa mélancolie. Celle qui voulait un équilibre dans ce monde.
Celle qui avait besoin de Miyona pour ses espoirs, mais surtout pour apaiser un cœur recherchant silencieusement, une partie de lui perdue il y a si longtemps.



Gabrielle

« Welcome to Heathrow. »

Il y a encore quelques jours, Gabrielle n’aurait jamais songé à prendre l’avion pour se rendre là où elle le désirait. Et encore aujourd’hui, malgré ses pouvoirs, malgré ses grandes ailes d’un blanc immaculé, elle préférait ce simple moyen de transport humain. Moins visible, moins criant aux yeux du Paradis.

Le Soleil avait fait son apparition depuis à peine deux heures, mais déjà les immenses couloirs d’Heathrow, la foule se pressait. Des centaines de voyageurs attendant leurs avions pour partir à l’autre bout du monde. Gabrielle regardait ces hommes et femmes en costumes et tailleurs parfaits, aux talons claquant bruyamment, tous prêts à enchaîner une lourde journée de travail.
La jeune femme finit par s’assoir dans un espace un peu plus au calme, plus propice pour se perdre dans ses penser. Les rayons lumineux traversaient les vitres et réchauffaient sa peau pâle, ainsi que ses mains légèrement crispées.
Ce n’était pas la première fois que l’ange passait du temps sur Terre, bien au contraire… Mais cette fois, c’était différemment. Il y avait une grande part d’inconnu dans son avenir, et malgré son tempérament déterminé, malgré ses milliards d’années de vie, Gabrielle ne pouvait s’empêcher d’appréhender la suite de cette aventure, pure fruit d’une décision si longuement réfléchie.

Quelques enfants courraient à côté d’elle, tous excités en regardant les avions décoller, alors que leurs parents contemplaient les guides de voyages, de leurs prochaines découvertes à venir. Définitivement, cette ambiance et l’air chaud annonçait un bel été. Un jeune garçon s’écria en voyant un massif A380 s’enfoncer dans les cieux. Cela arracha un vrai sourire à la jeune femme, qui leva également le regard vers l’avion. Les cieux faisaient tant rêver les Hommes… et à ses yeux, ils avaient raisons. Car malgré sa décision, l’immense palais lumineux, l’air si pur et doux du Paradis lui manquaient déjà…  

« Flight number 7843000 travelling to Tokyo, take-off in thirty minutes. Passengers are requested to go to the loading gate. »

Son avion, son vol. Attrapant son sac, elle vérifia rapidement que son billet était toujours présent, ainsi que tous les papiers de son identité humaine, au nom d’une certaine Gabrielle Iris Andersen. Puis elle s’élança dans la foule d’un pas vif, vers son avenir incertain.

Les terminaux défilaient alors qu’elle traversait l’aéroport. Et entre tous, personne ne pouvaient se douter de son identité, si bien cachée sous cette apparence humaine. Elle s’enregistra rapidement, récupéra son passeport avant d’enfin atteindre l’appareil.

S’installant prêt du hublot, les consignes de sécurité défilèrent sans que Gabrielle y prête beaucoup d’attention… un comble pour un ange de crainte d’être lâché en plein ciel. S’installant prêt du hublot, les consignes de sécurité défilèrent sans que Gabrielle y prête beaucoup d’attention… un comble pour un ange de crainte d’être lâché en plein ciel.  Et quelques instants plus tard, elle se retrouvait dans les cieux. Naturellement bien plus bas qu’eux, mais de nouveau, son regard ne put s’empêcher de se pencher vers ce Paradis invisible mais dont elle pouvait sentir la présence, son influence sur le monde et sur elle, Archange.

I) Le cœur du paradis

Je suis née par une journée également ensoleillée, dans le cœur du Paradis, au plus profond des cieux. J’ai été créée dans les mains de notre Père à tous, celles de Dieu. Je n’étais pas sa première créature, pourtant peu m’avaient précédée. Encore aujourd’hui, je me souviens de ce jour remontant aux premières ébauches du monde.

J’ouvris les yeux, réveillée par cette douce chaleur sur mon visage, qui semblait s’infiltrer dans tous mes veines, dans toutes les fiches de mon corps. Cette chaleur délicieuse, qui anima le ce cœur si jeune et pur battant à présent dans ma poitrine. La lumière avait aveuglée pendant de longues seconde, mais je ne suis pas née seule, mes frères m’accueillir à bras à ouverts. Michaël, Raphaël, Lucifer… Juste six silhouettes, six hommes aux regards aussi lumineux que ce palais. Je me souviens d’une main tendue, m’aider à me redresser sur mes jambes légèrement tremblantes. A cette époque, je ne connaissais pas encore leurs noms, mais déjà après quelques instants de vie, je pouvais sentir les liens nous unissant tous entre nous, mais surtout, je ressentais déjà le regard bienveillant et paternaliste de notre Père.  

Ils me regardaient tous et quand la question de mon nom se posa, les lèvres le révélèrent sans que je sache par quelle magie il m’avait été attribué aussi facilement.

« Gabrielle. »


De mes pas peu assurés, mes frères me firent découvrir ce havre de paix créé par Dieu, ce lieu si pur, et comme me le glissa Métatron d’une voix douce en traversant les couloirs lumineux lors de mes découvertes, le cœur de l’Univers. J’avais passé de longues minutes à découvrir ce château des cieux, son architecture grandiose, son « tribunal » divin, ses bibliothèques quasiment vides et attendant juste d’être remplies par l’Histoire, par l’avenir de ce monde qui venait de débuter.

Et ils se présentèrent, j’appris leurs noms… Michaël, Raphaël, Métatron, Lucifer, Samaël, Gabriel et Uriel. Chacun avec un caractère particulier, des traits si différents… Uniques. C’est eux qui me montèrent également mon unicité. En même temps que leurs noms, Michaël m’expliqua que chacun avait reçu des missions divines, les buts de nos créations mais aussi de nos existences.

Lucifer, si sûr de lui… Quand j’y repense aujourd’hui, je me dis encore que Dieu dans sa créativité lui avait peut-être donné trop de pouvoirs, trop d’influence pour vivre simplement sous des ordres au Paradis.

Michaël, Archange du Jugement Dernier, un vrai général des Armées Célestes pour cette humanité en train de naître.

Samaël. Le plus effacé lors de ma naissance. Un peu plus en retrait, si bien que son caractère m’apparut moins évident aux premiers abords, par rapport aux autres. L’Archange de la mort. Celui qui permettait une partie de l’équilibre l’Univers, équilibre subtil entre la vie et la mort. Celui qui se présentait devant les âmes prêtes à quitter la vie pour rejoindre cette mort inconnue dont seul Samaël semblait comprendre le langage.

Alors quelle mission pouvait donc être à l’origine de ma création ? Je n’avais pas comme destin de suivre la voie militaire de Michaël, ou de prendre la vie tel Samaël. Non, j’eu la chance de recevoir une autre partie de l’équilibre universel. On me confia la naissance de ces vies, on comptait sur moi afin que cet équilibre ne se perturbe pas. Et dès mon premier jour de vie, je m’acquittai de cette tâche de mon mieux.




« Pourquoi on voit les étoiles alors qu’il y a du Soleil ? »

C’est une voix enfantine qui tira Gabrielle de ses souvenirs vagabondant et la fit violemment retomber sur Terre. La jeune femme se força à abandonner sa contemplation pour sourire avec une douceur rare à la fillette dont les parents étaient occupés à lire.

« Parce que les étoiles veillent toujours sur nous, même quand le Soleil brille à son zénith. »

Perplexe devant cette réponse, la jeune enfant se montra aussi curieuse que certains journalistes, poursuivant ses interrogations.

« Mais… les étoiles c’est pas vivant… ! »
« Hum, tu as déjà vu dans ton école, ce qu’est une supernova ? »
« Oui ! Madame Lhuillier nous avait dit que c’était quand l’étoile, elle meurt ! »

Gabrielle la regarda tendrement, comme elle l’avait déjà fait par le passé, il y a si longtemps.

« Il n’y a jamais de mort, sans vie. »



Il n’y a jamais de mort sans vie. Un principe évident mais qui a fini par être inscrit dans mes chairs. Depuis le Paradis, nous regardions tous les humains naître, et si certains comme Lucifer préféraient rester à gérer l’organisation de notre communauté, moi en revanche, je passais des heures à les regarder, ces autres créations de Dieu. Si différentes de nous, si faibles mais passionnantes par leurs réactions et leur évolution. Si mortelles aussi, et c’était peut-être cela qui les rendait si intéressants à mes yeux. Nous leur insufflions la vie, et Samaël se chargeait d’aider la mort à les reprendre. Éphémères. J’ai vu d’autres Archanges naître et à chaque fois, comme le jour de ma naissance, nous les accueillions et expliquions les missions confiés par notre Père. Et un jour, ils arrivèrent également, les anges. Alors que les mortels se faisaient plus nombreux, nous ne pouvions tous les gérer si bien que la venue des anges devint rapidement nécessaire. Chacun sous nos ordres, nous leur enseignions nos savoirs, nos connaissances afin de les préparer à leurs missions célestes, et moi-même, j’essayais de les éduquer de mon mieux de leur faire prendre conscience de l’importance de leurs actes tout comme j’essayais de leur inculquer les mécanismes de l’Univers et ses règles.

Dans l’observation du palais céleste, je leur montrais les réactions des vivants, leurs réactions souvent dénuées de logique et comment les aider à mener leurs vies, et c’est tout ce savoir qui amena les immenses étagères des bibliothèques à se remplir. Le temps s’écoulait différemment pour les immortels que nous étions et j’eus le temps d’apprendre à mieux connaître ma « famille ». Définitivement celui dont j’étais la plus proche était Michaël. Son besoin de justice divine et sa facilité à trancher comme juge m’avaient toujours impressionnée. Je me souviens de longues conversations dans les jardins sur la vie de la vie humaine, nous échangions sur les avenirs possibles s’offrants aux vivants.
Lucifer… nos conversations étaient différentes. Moins centrées sur les hommes, et plus sur nous-même. Il n’avait jamais perdu cette influence, ce charisme puissant. De mes impressions par rapport aux autres anges, de nos descentes terrestres auprès des humains, presque des conversations égoïstes comme nos existences devaient uniquement être centrées sur nos missions.  

Combien de temps ai-je passé à lire dans les bibliothèques infinies ? Je ne saurais pas vous répondre, mais bien plus que la plupart de mes semblables. Descendre sur Terre afin d’aider la vie à naître, redonner aux Hommes l’espoir de la vie organisait une grande partie de mon quotidien également, de même que veiller sur mes frères et sœurs.




« Mais comment on sait si une étoile s’occupe de nous ? »

La jeune curieuse tira de nouveau Gabrielle hors de ses songes, faisant renaître elle, des émotions passées, si anciennes mais encore ancrées au plus profond de son cœur.

« Quand tu la regardes… Tu te sens bien. Souvent tu souris en te disant qu’elle te donne le courage de te surpasser. Tu espères qu’elle sera toujours là… Mais avant tout, tu la remarques. »
« Je la remarque ? »
« Oui. Tu vois toutes ces personnes dans le même avion que nous ? Et bien je pense que tu es la seule à avoir remarqué cette étoile discrète au fond du ciel. »
« Donc elle veille sur moi pendant le voyage ? »

Sourire attendri, Gabrielle se tourna de nouveau vers le hublot.

« Oui, c’est pour cela qu’il ne t’arriveras rien pendant ce voyage… »
« Et toi, il y a une étoile que tu as vu ? »
« Hum… Oui, il y avait une étoile. »




Malgré nos occupations, il y avait encore quelques fois où nous nous retrouvions tous. Tous les Archanges au grand complet dans cette salle inaccessible aux autres anges et qui était le sujet de nombreux bruits de couloirs. Ce lieu où chacun pouvait s’exprimer, faire des rapports détailler des missions en cours et des soucis rencontré avec les humains des fois violents, virulents ou victimes de fléaux tels la variole ou les diverses pestes. Mais nous faisions également états de leurs avancés, de leurs évolutions... Cette fois-ci, je me souviens que nous évoquions leur nouvelle maîtrise des arts écrits. Une réunion parmi tant d’autres ? En elle-même, oui. Mais je ne m’en souvenais pas si bien qu’à cause des sujets abordés…

Je ne côtoyais certains de mes frères qu’à ces réunions au sommet. Métatron, Uriel… Finalement j’étais liée à eux, sans vraiment les connaître.
Nous n’avions quasiment jamais parlé, lui si fermé aux autres, ne semblant apprécier que Lucifer et moi n’ayant jamais eu besoin de ces conseil… Oui, je me souviens si bien de cette réunion, car il était présent.

Michaël et Lucifer levant la séance, tous se levant et se saluant avant de retourner à leurs occupations, ce que moi aussi, j’allais faire. Mais sa main, Samaël, m’attira sans un mot, sans que j’eusse le temps de réagir… Me retournant, ses cheveux, je les avais de suite reconnus, tout comme sa stature.

« Samaël… ? »  

Lui aussi, je le connaissais peu. Son nom, sa mission… Mais même Michaël savait que seul Lucifer avait assez de charisme pour s’entendre avec lui. C’est aussi ce qui m’avait étonnée, le fait qu’il vienne me voir moi, malgré ce fossé d’inconnu entre nous deux, malgré l’opposition de nos devoirs.

« Est-ce que je peux... Te poser une question qui pourrait paraître stupide ? A l'écart, si possible... »
« Et bien… Oui, naturellement. Viens. »

Parler dans les couloirs du Paradis, s’était s’exposer à tous. Personne n’avait à cacher ses secrets dans ce lieu considéré comme pur… Alors pour un peu d’intimité, je l’avais entrainé dans mon observatoire. Avec les années il avait fini par devenir un lieu qui m’était souvent lié, vu le temps que j’y passais… Souvent désert, je passais des heures assise derrière les immenses vitres à regarder cette foule humaine se développer.

« Ici, on peut parler. »
« Eh bien... C'est assez étrange à demander mais... Pourquoi la mort serait-elle injuste ? »

Rare… C’était si rare de voir son visage exprimer des émotions et là, des doutes. Depuis ces centaines d’années, j’avais fini par même me dire qu’il n’était que la volonté de Dieu. Un corps simplement empli d’ordres et d’une volonté nous propre à son esprit. Pour la première fois il me parlait vraiment, mais également semblait prêt à se confier à une autre personne que son ami éternel, Lucifer.
La mort… Je la faisais indispensable à la vie. Mais lors de ma création, on me confia la charge de l’éviter, d’essayer de sauver ces hommes et femmes ayant encore la possibilité de vivre. Et quand je perdais, où que mes anges n’y arrivaient pas, cela signifiait simplement que la mort et donc les « soldats » de Samaël avaient du travail en plus.

« Hum… Tu fais référence à la justice de l’esprit des Hommes ? La mort a cet aspect injuste car elle marque la fin de la vie. Vie qui est un présent aux âmes, mais un présent tellement précieux que l’idée qu’il puisse disparaître simplement par décisions de nos lois, leur paraît injuste, puisqu’ils ne peuvent pas lutter contre cette finalité. Mais… Tu vas bien, toi ? »
« Aller bien ? Je crois que je commence à ressentir quelque chose de douloureux quand je tue les humains. Même si c'est Père qui me l'ordonne, je me demande si... »
« Tu te demandes les raisons de cet ordre ? »
« Je sais que ... Je sais que ça n'est pas ... Mais ... Mais ... »

J’essayais de lui sourire afin qu’il s’exprime… Déjà à cette époque j’avais cette capacité d’écoute. J’avais toujours considéré que tous les doutes étaient à entendre, que chacun pouvait s’exprimer mais surtout, je me faisais un devoir de répondre aux attentes des anges dont j’avais la responsabilité, mais aussi d’être à l’écoute de mes frères et sœurs afin de ramener la paix dans leurs cœur, cette paix, cet équilibre que je chérissais tant…

« La mort est aussi importante que la vie dans notre monde. C’est pour ça que Père t’a confié cette mission… Samaël. Mais cette douleur… Est présente depuis longtemps ? »
« Elle est apparue avec... La mort de plusieurs enfants que j'ai eu à... Tuer. Les humains m'ont attaqués et m'ont... Traités de monstre. »
« Tu n’es pas un monstre… C’est ta mission, pas ta volonté propre. Et je suppose que c’est eux qui t’ont parlé de l’injustice de ces morts… La mort amène la tristesse dans leurs cœurs, ainsi que la colère liée à ce sentiment d’injustice, c’est pour cette raison qu’ils ont déversé ces propos sur toi. Je sais que tu… Que ce n’est pas un plaisir de prendre la vie, surtout si cette douleur est présente. Mais c’est parce que la vie est si incroyable, que la mort apporte tant de souffrances. »
« Mais j'ai créé cette tristesse... Alors que ces personnes auraient pu vivre plus longtemps… »
« C’est la mort qui a créé cette tristesse, pas toi. Tu accompagnes la mort, mais tu n’es pas elle… Ces enfants… Nous avons essayé de les sauver naturellement, mais notre monde fonctionne sur un équilibre, une balance. Et la mort rentre dans cet équilibre… Tu n’es pas responsable, Samaël… »

Perdu. C’était la première que je voyais un frère empli de doute, empli de craintes… Et il ne ressemblait pas à cet ange froid et fermé qui m’avait accueilli avec les autres lors de mon arrivée au Paradis. Plus comme un fils de notre Père à tous cherchant à comprendre ses volontés divines… Naturellement j’avais passé des nuits à réfléchir au fonctionnement de ce monde, avec quelques doutes des fois, mais je n’avais jamais douté de ma mission, car je la comprenais, et j’y accéderais de toutes mes forces. Alors il était de mon devoir d’aider Samaël…

« Je suis capable de voir qui va mourir et quand... Ces enfants que j'ai tués... Avaient encore beaucoup de temps devant eux. Mais j'ai eu abréger ce temps quand même en toute connaissance de cause... Je ne maintiens pas l'équilibre... Je maintiens autre chose… »
« Si tu ne maintiens pas cet équilibre, alors que maintiens-tu à ton avis ? »
« La mort était déjà écrite avant mon existence dans les Lois de cet univers... Je ne fais qu'obéir aux ordres de Père. Mon rôle est de m'assurer que les Hommes n'oublient pas qui les as créés… »
« Je comprends que tu penses ainsi… La mort est née dès que la vie a vu également le jour. Mais si elles étaient parfaitement autonomes, où serait l’intérêt de notre présence selon toi ? Et si la mort disparaît, la vie également. Les deux fonctionnent ensembles, et tu aides à cet équilibre… Mais… tu ressens cette douleur à chaque fois ? »
« Père m'a toujours dit que les Hommes étaient ses créations et qu'elles devaient donc obéir à son commandement. C'est pourquoi nous sommes-là. Pour nous assurer qu'ils suivent l'ordre qu'il a créé. Et que vous êtes là, vous aussi. Quant à ressentir cette douleur... Elle est apparue il y a peu. Mais je la ressens à chaque fois que je prends la vie de ceux qui meurent plus vite qu'ils ne le devraient ... »

J’avais toujours eu cette capacité à comprendre les autres, à ressentir leurs douleurs, à les faire miennes. Et face à sa détresse, j’avais simplement envie d’effacer les souffrances de mon frère, d’aspirer ses doutes… Mais avant tout, le rassurer.

« Parce que tu t’attaches à leurs vies, parce que tu commences à émettre des réflexions sur ta mission… Parce que tu réfléchis sur tes actes. Est-ce que tu… Y songes souvent ? »
« Je n'y avais jamais songé auparavant. C'est comme si je me réveillais d'un... Très long sommeil. Même vous, mes confrères et consoeurs... N'aviez aucune importance auparavant... Mais je crois que je commence à changer... Ce n'est pas bon... »
« Changer n’est pas forcément mauvais, Samaël. Encore plus si tu as l’impression d’ouvrir les yeux… Tu n’as pas désobéi aux ordres de notre Père, mais tu te poses des réflexions. Si cela était si mal, je serais une bien mauvaise fille de Dieu. »
« Je suis un monstre ? »
« Non. Samaël, tu n’es pas un montre. Tu es exemplaire envers ta fonction, tu remplis un devoir nécessaire et que notre Père souhaite. Chaque vie a une finalité sur Terre, et j’aide à donner celle-ci. Alors… Si tu étais un monstre preneur de vie, je le serais également. Vraiment, tu es bien différent d’un monstre… »

Surprise, étonnement. J’avais senti ses bras d’habitude si inexpressifs englober mon corps, des bras malhabiles, aussi perdus que sa pensée.

« Je ne sais pas ce qui m'arrive... Je crois... Je crois que je ressens quelque chose pour toi... Et ça n'est pas... »

Il recula comme un animal apeuré de ses propres réactions inattendues. Cela serait mentir que dire qu’il n’était pas attendrissant dans ce moment de faiblesse presque incroyable après tant de temps sans émotions. Je voulais le rassurer, si bien que je fis un pas vers lui, pour lui montrer qu’il n’était pas seul, qu’il avait du soutien, que Lucifer n’était pas son seul ami mais qu’il pouvait compter sur nous tous et sur Père.

« Ton cœur n’est plus seulement empli des ordres et volontés de Père… Mais ce n’est pas une mauvaise chose, Samaël… Tu es vivant également aussi, tu es chairs et esprit, c’est… Normal… »
« C'est... Normal que je t'apprécie ? »
« Et bien… c’est normal d’apprécier d’être en présence de certaines personnes, et inversement, des fois tu n’aimeras pas la présence d’autres… C’est normal, si tu ressens quelque chose au creux de ton cœur envers certaines personnes alors c’est normal, oui, de les apprécier, et d’aimer être en leurs compagnies. »

Il eut ce geste… inattendu, du moins autant que cette discussion. Comment réagir ? Que dire ? Que ressentir ? Ma vie était éternellement centrée sur ma mission, sur mon devoir d’aider les anges et les Hommes… Oui, j'étais aussi chairs, et malgré mon discours et mes éternelles réflexions, jamais je ne m'étais totalement centrée sur moi-même.  Sentir ses doigts glisser entre mes cheveux coiffés, et remarquant au creux des pupilles de mon frère céleste, une âme emplie de nouvelles pensées, une âme expressive...

« Je crois que c'est la première fois que je me rends compte que... Père t'as fait si jolie... »

Troublée. Comment ne pas l'être ?

« Père… Nous a tous créé selon sa volonté et ses envies… C’est la première fois que… Tu détailles, enfin que tu t’attardes sur ces détails... ? »

Sa main rencontrant la mienne, seconde d’hésitation. Perdue. Mais je voulais qu’il continue à s’exprimer, qu’il se réveille de ce fameux sommeil. Père nous avait donné nos caractères, nos spécificités à chacun, et je savais que réveiller la sienne permettrait à Samaël de s’épanouir comme nos autres, nous l’étions.

« Oui... Maintenant que nous nous parlons... J'ai l'impression de voir le Paradis prendre des couleurs qu'il n'avait jamais eu auparavant... »
« Prendre des couleurs… la vie est faites de couleurs Samaël, souvent belles… Elles te plaisent ? »
« Je veux bien... Que tu m'en montres plus... »
« Alors oui, je te montrerai autant de couleurs qui te plaisent… C’est la première fois que je te vois sourire, même légèrement… »
« Je.. Je n'ai jamais souri avant ? J'ai un sourire étrange ? »
« Non ! C’est un timide sourire, mais un beau et vrai sourire… Et oui, depuis tout ce temps, depuis que j’ai ouvert les yeux, c’est la première fois que je te vois sourire… »
« Je crois... Je crois que tu es celle qui me fait sourire... Alors si tu l'aimes bien, je veux bien te le montrer encore, alors. »
« Ça me ferait plaisir, oui… Et tu trouves ça… agréable ? »
« D'être avec toi ? ... Ah oui, c'est vrai que j'apprécie sentir ta main au creux de la mienne... »
« J’apprécie aussi, Samaël… C’est pour ce genre de moments que la vie est si précieuse, ceux qui te font sourire… »

J’avais parlé des dizaines de fois à Michaël, écouté des centaines d’anges me demander des conseils. J’avais serré certains entre mes ailes pour leur redonner le courage et la foi envers notre Père. Mais pour la première vraie fois, je touchais un ange sans penser à mon créateur. Juste à moi, quand je senti ses lèvres sur les miennes. Sûrement un acte égoïste… Mais sur le coup, je n’y pensais simplement pas. Pendant quelques secondes, je n’étais pas la fille de mon Père, ni la donneuse de conseils mais simplement Gabrielle.  

« Je crois... Je crois que je sais, ce que c'est d'aimer, désormais... »
« Aimer… La vie permet d’aimer, c’est pour cela que je la protège… »

Jamais je n'avais senti mon cœur battre aussi violemment que celui de certains humains passionnés. Il frappait bruyamment contre ma poitrine, tout au creux de mon corps. J'avais réussi à lui donner l'envie de s'exprimer au delà des simples ordres, et je pense que cela fut une de mes plus belles réalisation encore aujourd'hui...

« Alors... Alors permets-moi de te protéger toi... Toi et ton sourire qui me font sentir si différent… »
« Alors oui… Oui. Tu es si loin d’être un monstre Samaël… »
« Je vais te faire confiance alors à ce sujet, alors... Merci Gabrielle... Merci beaucoup... »
« C’est normal… Dès que tu as mal, tu peux venir me voir, et m’arrangerai pour te remontrer ces couleurs que tu aimes… »
« Elles sont imprimées au fond de mon cœur car c'est toi qui les y as inscrite. Je crois que je ne pourrais jamais les oublier... Quoi qu'il arrive... Même si la fin du monde doit arriver, je ne les oublierais jamais... Car ton sourire est celui qui a su me les faire voir. »

Cette époque me semblait si légère, si douce en comparaison à ce deuxième millénaire, ce moment où le mal était contenu dans le cœur des Hommes par nos actions. J’espérais que l’avenir porterait toujours un ciel aussi bleu, mais j’étais bien optimiste, beaucoup trop sûrement.

Mais même au plus haut des cieux, le vent pouvait tourner.

II) Fracture

« Si j'avais su… »

Sauf qu’aucun ange n’avait su prédire cet acte illogique, celui qui changea la face de notre monde. Nous avions tous nos différences, peu importe que nous étions Archanges ou Anges… Mais comme point de convergence, nous partagions notre dévouement envers Dieu. C’est pourquoi la trahison de Lucifer marqua au fer rouge tous les cœurs du Paradis. Ce procès qui m’a hanté de nombreuses nuits, et encore aujourd’hui. C’est dans l’immense salle du Jugement que tout se déroula, tous les Archanges présents ainsi que certains des Anges Majeurs… Michaël se tenait devant nous tous, avec à sa droite Raphaël accompagné de son élève Castiel.

Tous suspectés de l’avoir aidé, tous suspectés de le soutenir, je l’ai également été. C’est Raphaël qui insinua en premier que je pouvais être lié à ce traître, moi qui écoutait les états d’âme de tous… Je comprenais cette accusation, même si quand elle sortit des lèvres de mon frère, une partie de mon cœur se mit à battre douloureusement.

« Jamais je n’aurais laissé notre frère se dresser ainsi ! »

Je n’étais pas la seule, d’autres archanges, anges majeurs et mineurs devaient se justifier, se défendre.  Sauf que pour notre plus grande terreur, certains ne cherchèrent pas à cacher leurs pensées haineuses et colériques envers Dieu. Lucifer, Asmodée, Azazel et… Samaël. C’était à cause de nos longues conversations que Raphaël m’avait associé à eux par extension.

Samaël…

« Si je suis l'un des traîtres ? Ahaha. Amusante question que voilà. Si la traîtrise est de renier un ordre que je ne tolère plus, mes chers frères... Alors oui, je suis un traître. Un traître éhonté qui n'a pas hésité à tenter de corrompre l'une de nos sœurs. Gabrielle, excuse-moi de t'avoir trompé, mais tu as été bien sotte de croire en la mort. Celle-ci, mes chers frères, Dieu vous l'a caché, mais elle vous attend tous. Et pour certains, elle arrivera incessamment sous peu. Arrêtez de suspecter cette idiote. Elle fut une proie facile à séduire ; elle ne mérite rien de plus que l'opprobre d'avoir été ridiculisée devant vous tous par mon fait. Du reste, mes chers pantins, je plaide mille fois coupable et je vous mets au défi de venir prendre ma tête... Si l'un d'entre vous l'ose, bien évidemment. »

Et nul besoin de vous expliquer que Lucifer fut bien plus violent que Samaël dans ses paroles… Mais alors que tous sentaient la colère de Michaël et par extension les sentences de Dieu tomber… Je n’arrivais même pas à réagir. Chacun de ses mots avaient raisonné dans mon cœur avec la même violence que des lames me transperçant. J’ai pleuré. Je me souviens qu’entre tous les hurlements de rage déchirant ce lieu de justice, j’ai crié aussi. Impossible de contenir cette douleur que Samaël avait réussi à m’infligée, je hurlais de douleur… Alors que je voyais de mes yeux troubles, leurs ailes se noircir autant que leurs cœurs.

« C-Ce… Non… Pas toi… Pas toi ! »

Les bras de Raphaël se refermant sur mon corps, sur mon désespoir, sur mon cœur meurtri. Il me serra fermement contre lui, comme le frère qu’il était et qui cherchait à faire partir ma peine, à calmer mes souffrances. Lui aussi hurlait à ses anges de les arrêter, de les enfermer avant que Dieu en personne décide de leurs sorts. Fracture. Les lames s’entrechoquèrent, et le marbre blanc rencontra le rouge sanguin. Raphaël m’ordonna dans cette folie de rester à l’écart alors qu’il partit rencontrer un Lucifer ne tenant pas à perdre la vie. Je courrais. Dans cette mêlée de rage et de désespoir, je ne pouvais pas le laisser partir ainsi… Pas après avoir vu naître des émotions sur son visage, pas après tous ses regards… Pas après avoir appris à l’aimer. Les anges traîtres se jetèrent afin de protéger ceux qu’ils admiraient pour avoir osé défier la grandeur divine…

« SAMAËL ! »

Perdue. Perdue entre mes frères se battant pour mon Père que je chérissais tant, entre lui qui m’avait fait découvrir un bonheur si inaccessible pour nous, les anges… Non, c’était impossible… Je l’avais aperçu, se défendant auprès de son ami, le traître ultime… Avant que la violence du combat, et la lourdeur de mes larmes de séparent définitivement de lui.




« Tu pleures ? »

Elle avait encore du mal à s’en rendre compte, mais les moindres souvenirs reliés à cette époque mettaient ses nerfs à vif. Elle essuya rapidement les quelques larmes qui roulaient silencieusement sur ses joues, et sourit à la fillette malgré ses yeux rougis.

« Et… Oui, quelle observatrice Mademoiselle ! »
« Tu as mal ? »

Mal… son cœur avait eu mal. Pendant des centaines d’années, un cœur meurtri, et que ses frères avaient essayé de panser. Mais elle avait réussi à arrêter de penser à… Lui aussi souvent qu’avant. Des fois le soir, avant que ses yeux de se ferment, des soirs peu enviables.

« Et bien… Non, mais des fois les souvenirs peuvent remonter et dans ces moments, pleurer permet de soulager quelques mauvaises pensées. »
« Moi quand je pleure c’est pour une bonne raison ! Maman dit toujours que pleurer ça fait partir les malheurs… »
« J’imagine que ta mère a raison… »



Toujours plus de sang.
Les déchus n’avaient pas quitté le Paradis par eux-mêmes, ce fut notre plus grande bataille. J’ai passé tellement de temps dans cette observatoire, là où je le retrouvais… me murmurant que oui, j’étais sûrement une idiote, une partie de moi hurlant que j’espère encore qu’il reviendrait dans le chemin qui lui avait été destiné… Les jours passant, je peux aujourd’hui dire que oui, mon cœur se teinta aussi de colère envers lui, autant que de tristesse… Je pensais avoir fait naître en lui des sentiments le rendant meilleur, le rendant heureux et finalement, il avait lui-même avoué que c’était lui qui avait réussi à se jouer de mes émotions.
Mes frères ne me blâmèrent qu’à peine, je pense même que ça n’a fait que contribuer à leur rage contre leurs anciens alliés. Ils furent présents pour m’aider à prendre aussi les armes, et à les soutenir de toutes mes forces dans cette guerre qui était aussi la mienne.

Le sang des anges autrefois si lumineux.
Derrière le rire de Lucifer défiant Dieu.
Nous n’étions plus simplement des anges, mais face à tant de noirceurs, des soldats de Dieu. J’ai tué. J’ai tué, noyé ma colère, brûlé ma douleur dans les combats tous menés par Michaël et Raphaël… Je les revois toujours plus les repousser du Paradis, Castiel et son arc, et moi frappant également ceux que j’appelais « frères » un peu plus tôt.

Du sang sur mes mains.
Certains matins en me réveillant, j’ai encore l’impression de le sentir, chaud, ruisselant sur ma peau.

Nous-même, nous avions subi de nombreuses pertes dans les rangs célestes mais après des jours de violence, ils furent définitivement chassés. Et se terrèrent dans les entrailles de la Terre, les enfers. Certains nous rapportèrent que Lucifer avait pris la tête de cette nouvelle organisation, accompagné de ses bien-aimés Azazel, Samaël et autres. Mais malgré ma nature compréhensive, malgré ma capacité à pardonner, je ne voulais plus entendre leurs… son nom, dans les couloirs. Sotte, idiote. Je me suis noyée pour y échapper. Pour essayer de laisser ces souvenirs dans le passé et ne plus être hantée par ses mots tendres, par ses heures ensembles. Je n’y ai jamais échappé le soir, et je me maudissais tellement de ne pas réussir à l’effacer… à bannir les traîtres de mon esprit.

Si bien que malgré ma participation au bannissement fut active… je n’ai jamais pu faire partie des expéditions se chargeant d’essayer d’atteindre les enfers. Territoire que ceux qui s’appelaient à présent « démons », défendaient de toutes leurs forces noires. Je ne voulais pas le voir. Sous peine de rouvrir les plaies d’un cœur que j’essayais de soigner.

Fracture qui lança l’affrontement éternel entre Bien et Mal.

{Suite dans le post suivant.}

C'est encore moi. ~
Ashling, Ash pour les intimes. 19 ans, étudiante, et ancêtre du forum. - Et administratrice au passage - Et parce qu'il me fallait une ange pour rejoindre Faith et Tiz, voici ma petite Gabrielle. ~
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Sujet: Re: Gabrielle I. Andersen    Mer 25 Mai - 1:24


III) Un regard sur eux

Alexandrie • 415


« La mort n’est pas une finalité Hypatie… La peur est normale, je sais que l’inconnu effraie les esprits. Mais tes travaux n’ont pas été vains, et ton âme a su rester pure… N’aie pas peur du Soleil à venir. »

Je m’étais plongée dans mon travail pour oublier. Pour me concentrer uniquement sur l’intérêt commun, et pas sur mes pensées égoïstes et passions humaines. Raphaël surveillait les Hommes, Gabriel écoutait leurs prières, moi je les rassurais, je les aidais quand les peurs démoniaques saisissaient leurs cœurs.
Ces peurs qui assaillirent notamment Alexandrie, théâtre du besoin de violence des démons qui avaient réussi à engendrer un conflit entre les chrétiens et ce qu’ils considéraient incapable de respecter la grandeur de leur vision divine. Voilà comme les démons arrivaient à souffler des cris de guerre murmurés au creux des esprits des mortels. Je n’avais pas à changer le cours de l’histoire, ce n’était pas ma mission.

Avant la mort, j’étais présente envers ces personnes, je leur expliquais l’existence du Jugement Dernier, et contais la beauté du Paradis. Puis au Soleil levant, j’assistais impuissante à leurs morts… Je ne pouvais pas intervenir, je ne DEVAIS pas les sauver. Les tueurs n’étaient pas des démons, simplement leurs influencés… Et je n’avais pas à les bloquer, pas les mortels, simplement essayé de les libérer du Mal de mon mieux… Mais la nature humaine avait une tendance naturelle aux excès, et une capacité à s’emplir de rage et de haine, que je craignais moi-même pour l’avenir de ce monde.

Et quand les chrétiens pénétrèrent dans l’école d’Alexandrie, je pouvais juste emplir le cœur de cette jeune femme de courage face à la mort qui se présentait à elle, et assister à son assassinat, mes yeux emplis de larmes face à tant de violence sans but autre que le plaisir de destruction des démons.


Cette année qui me marqua énormément puisqu’elle représenta à mes yeux, une des plus belles victoires des enfers, les démons qui avait réussi à réduire à néant la grandeur d’Alexandrie, cité si novatrice que je chérissais.

Michaël avait définitivement pris les commandes au Paradis qui avait retrouvé une organisation sereine même si elle était tournée maintenant en partie vers notre lutte contre les démons. Et même si nous évitions d’évoquer leurs noms dans les couloirs, lors de nos réunions, nous pouvions tous sentir la presque obsession commune qui nous poussait à vouloir retrouver Lucifer et ses acolytes pour qu’ils puissent enfin être jugés par notre Père. Pourtant il resta dans les enfers pour commander ses forces et armées… Et moi, dans mon observatoire, je ne pouvais les voir. Pourtant certaines nuits alors que le sommeil ne semblait pas vouloir de moi, je restais assise à côté de l’immense vitre et j’observais. Les Hommes principalement, mais je guettais leurs apparitions. J’ignorais sincèrement si je voulais ressentir sa présence ou si je la redoutais… Ces nuits où Raphaël me rejoignait des fois et me rappelait les horreurs qu’ils avaient commises, et celle de Samaël également… Comme un frère qui voulait s’assurer que sa sœur ne s’égare pas de nouveau.

Rouen • 1431


J’essayais de lui donner du courage. Dans sa cellule étroite, je lui murmurais de garder la tête haute face à ceux qui souhaitaient lui faire perdre sa grandeur et son unicité. Jeanne aussi se savait prête à mourir des mains de la violence humaine, et malgré ma peine, ma colère, je ne pouvais rien faire. Sinon lui donner du courage. Oui, je ne me sentais guère utile… Moi qui enviais le monde des débuts, celui où les démons n’avaient pas encore vu le jour et où la paix orchestrée par Père semblait régner en maître.  

Mais quand elle monta sur le bûcher et hurla de longues minutes me paraissant durer des heures, je ne pouvais pas l’empêcher de rencontrer la mort… Seulement essayer de calmer ton cœur et apaiser son esprit.

On dit souvent que la haine et la colère son exclusives aux démons, mais c’est une idée totalement erronée. J’ai détesté, j’ai hais, comme mes frères… Seules nos réactions faisaient la différence avec nos anciens égaux.

XVIIème siècle • Cours Divine


Elle faisait partie de ses anges dévoués à notre Père, c’est anges à qui on enseignait l’art de se battre, l’art de se fondre dans la masse humaine et qu’on envoyait sur Terre pour essayer de lutter contre les démons, pour ramener les Hommes dans le « droit chemin ». J’avais été une de ses instructrices, Faith. Une jeune ange prometteuse, avec une capacité de métamorphose tellement recherchée dans nos rangs.
Elle avait été envoyée sur Terre en Asie, mais dès la fin de son enseignement, je l’avais lâchée de vue, tellement d’autres nouveaux nés réclamant mon attention.

Si j’avais su… Je ne l’ai pas chuter. Ni tomber dans les filets d’un démon, seule face à lui… Si bien que c’est uniquement lorsqu’on m’annonça son procès que je me rendis compte que personne n’avait pris la peine de la sortir des griffes du Mal pendant tout ce temps.

Mes frères réclamèrent tous sa déchéance, le bannissement ou l’exécution de celle qui avait aidé un démon à agir sur Terre, hors des Enfers en toute tranquillité. Presque personne ne prit en compte ses explications, sa défense… Peut-être que sur un autre sujet, je les aurais suivi, mais son histoire fit résonner un écho lourd et douloureux en moi.

Se laisser influencer par un démon, se laisser manipuler par eux… pendant de longs jours je ressentais encore mes mains se crisper lors du rappel des faits, et heureusement pour Faith, personne ne remarqua mes yeux se teindre de larmes à l’évocation de son histoire.

« Elle ne pouvait rien faire ! »
« Tu sais qu’elle dit vrai, que même… que n’importe quel ange seul n’aurait pu résister. »
« Je t’en conjure Michaël, fais-moi confiance… »


J’ignore s’ils lui laissèrent la vie sauve grâce à mon argumentaire, ou s’ils acceptèrent juste pour ne pas me condamner implicitement par la même occasion… Possible, car même malgré ses milliers d’années, eux savait que je n’avais jamais réussi à oublier. Aussi maigre que soit cette victoire, je condamnais Faith à un emprisonnement permanent, plutôt qu’à un exécution devant tous.




« Ta maman elle te disait pas ça ? »
« Ma mère… non, mais mes frères oui. »
« Je voulais des frères ! Mais j’ai juste eu le droit à une sœur, pas marrante en plus… »
« Hum… Tu sais, mes frères ne riaient pas souvent non plus. »
« Mais alors personne arrive à te faire rire dans ta famille ? »
« Ils… veillaient sur moi. Enfin ils veillent encore sur moi, je le sais. Mais j’ai des fois été plus proches de mes amis, que de mes frères, quant à mon père… disons que j’ai toujours fait de mon mieux pour lui faire honneur… »



Londres • 1860


« Avouez que c’est une belle vue ! Et d’ici on a l’impression de dominer touuute la ville ! »

Tirée de ma rêverie, c’est par surprise que je le découvris. J’aimais observer les humains, leurs habitudes, les occupations… même si ce n’était pas mon rôle de les surveiller, j’aimais simplement les découvrir tous les jours un peu plus. Samaël, même avant… même avant son départ n’avait jamais été un ami comme Dial le devint. C’était assez amusant, lui passant sa vie à observer sa ville du haut de la Tour du Parlement et moi depuis mon observatoire… C’est peut-être cela qui nous a rapproché d’ailleurs.

« Ce n’est pas la première fois que je aperçois My Lady, mais vous avez rarement semblé aussi perdue. »

D’un simple coup d’œil, cet homme à qui je n’avais jamais parlé avait su me comprendre. Bien plus que mes frères, bien plus que mes élèves.

« J’ai déjà vu ce regard, mais vous savez, je hante cette Tour depuis suffisamment longtemps pour savoir qu’il ne faut jamais perdre espoir. »

« Je crois que ça fait trop longtemps que cet espoir s’est envolé… Et s’accrocher à des souvenirs ne sert à rien, mieux vaut les laisser de côté, car ils appartiennent définitivement au passé. »

« Un passé qui vous a pourtant marqué Mademoiselle ! Et je peux dire que même si vous essayez de vous en détacher, l’amour, je le reconnais encore facilement ! »

Il fut le seul autre être pour lequel je n’étais pas l’Archange, mais juste Gabrielle.

« L’espoir de le revoir… peut-être, mais je ne pense pas que l’issue serait agréable. Non, je veux bien reconnaître que je vis d’espoir, mais un espoir envers le monde, envers l’avenir des Hommes… »

«  L’espoir, c’est un moteur, mais vous savez, ce n’est pas avec de la simple volonté que je regarde les aiguilles de mon horloge tourner, ou que j’entends tous les jours Big Ben se réveiller ! »

J’avais déjà aperçu certains de ses semblables, ces êtres nés d’une pure magie ancienne, celle que je pouvais ressentir sans pour autant la maîtriser. Il me fit sourire par son intelligence et sa vision du monde, et me redonna l’envie de discussion passionnée sur l’avenir, ainsi que l’envie de comprendre les passions humaines dont il était tous les jours spectateurs.

« Mais j’en oublie de me présenter ! Dial Needle Hours, pour vous servir Mademoiselle ! »

Il fut mon seul véritable ami mortel, l’animus de la grande horloge de Westminster. J’accomplissais mes devoirs, je participais aux réunions avec mes frères, j’assistais aux différents procès mais de plus en plus, je pris l’habitude de passer de longues heures avec Dial, à contempler les Hommes, à l’écouter me conter ses observations journalière. Il était mon air frais, dans ce monde que je voyais chaque jour s’assombrir un peu plus.

IV) Désillusions

Londres • 1939


« Bah, tu sais, le monde change chaque jour un peu plus. Moi je le vois bien, il y a encore quelques années, on n’avait pas d’abris contre les bombes. Mais depuis que ce grand malade d’allemand a découvert les joies des explosions, même moi j’ai peur le soir avant de dormir. »

Raphaël pouvait le voir aussi naturellement… Mais plus les années défilaient, plus j’avais l’impression que cette Terre fertile et belle que j’avais connue prenait les couleurs des enfers. Tant de morts pour quelques humains fous… J’ignorais s’ils l’étaient vraiment ou si quelques démons se jouaient de l’humanité… Même si imaginer Lucifer comme confident d’Hitler après toutes ses atrocités n’était pas vraiment difficile.

Je pense que c’est à partir de cette époque que nous avons véritablement commencé à nous inquiéter de la puissance des démons. Des fois je me demandais s’il s’amusait à regarder ce spectacle les nuits de bombardement, lui à qui j’avais essayé de montrer la beauté de la vie. Possible. Dial avait peut-être raison, au fond j’espérais encore un miracle.

« Et j’ai peur que ça ne faiblisse pas… je me souviens des époques où les guerres pouvaient se jouer à un duel entre deux rois, où les civils restaient en sécurité… J’entends leurs cris tu sais. La nuit je les entends. Tous ces gens qui hurlent… Et je ne peux rien faire. Parce que… Enfin j’ai déjà porté une épée, je n’ai jamais perdu mes pouvoirs mais face à tout cela… Même moi, enfin même nous, on ne peut pas vraiment agir… »

« Et ton cœur en souffre, ça se voit belle Gabrielle… »

« Toujours charmeur à ce que je vois. »

« Toujours commandant ! C’est dans les crises les plus sombres, que l’espoir est le plus vital, alors ne perdez jamais le vôtre. »

Londres • 1940


« DIAL ! »

Et dans le brasier d’une Londres attaquée, j’avais peur de perdre une nouvelle fois celui à qui je m’étais confiée. Cette nuit les bombes s’étaient faites plus nombreuses et agressive, je ne voulais même pas savoir le nombre d’âmes en attente de leurs jugements. Mais égoïstement dans toute cette foule apeurée, une personne comptait plus que les autres.

« Réponds ! »

Les pierres tombant violemment sur les pavés, les déflagrations faisant bourdonner mes oreilles… Rarement mon cœur n’avait battu aussi vite. Je savais que c’était une folie de prendre forme humaine maintenant, que Raphaël me sermonnerait comme personne s’il l’apprenait mais je ne pouvais pas rester simple observatrice. Et puis cette explosion plus forte que les autres.

« C’est le Parlement ! »
« Allez aux abris ! »


Je revois encore ce magnifique édifice brûler, bordant une Tamise qui elle-même semblait enflammée. J’ai vu leur cadavre en feu, tous ces parlementaires pris au piège dans les flammes. Je passais des heures à les regarder silencieusement avec Dial depuis les toits, mais même là-haut, je ne l’ai jamais retrouvé… Les aiguilles de l’horloge en partie brisées, j’avais de suite compris que son corps l’était aussi… Lui et cette horloge étant reliés, je savais que cette bombe ne l’avait pas plus épargné qu’elle…

J’ai connu de nouveau la rage, la colère… Sûrement plus violente que celle provoquée par Samaël. Cette fois j’avais été impuissante, moi qui avais l’habitude de participer aux grandes discussions de ce monde, j’avais été incapable de sauver mon ami. J’ai aussi découvert l’envie de vengeance. Cette pulsion qui me murmurait de leur faire subir le même sort… Ce qui été à la fois tellement normal comme réaction mais aussi effrayant, puisque je savais que les démons ressentaient souvent ladite pulsion… Pourtant elle ne partit jamais. Et mon cœur s’assombrit pour une nouvelle fois…

Je n’ai jamais retrouvé son corps. Je l’imaginais perdu dans les décombres mais je savais que Dial aurait préféré que j’aide les vivants, plutôt que passer mes nuits à le pleurer. Je sais que certains me trouvèrent totalement inconsciente mais c’est cette année que je serrai mon arme une seconde fois. Les démons profitant de toute cette agitation pour parfaire leurs activités, beaucoup d’anges étaient envoyé également au front, dans cette guerre pourtant invisible pour les humains… Je faisais partie de ces anges, au grand désespoir de certaines de mes frères.
J’ai de nouveau tué des démons. Jamais d’humains.

Père ne m’avait jamais donné d’autres missions que celle pour laquelle j’avais été créée, et en agissant ainsi, je savais que je protégeais cette vie si précieuse à mon Père, cette vie perpétuellement menacée par l’Enfer.

Les guerres qui suivirent furent toutes plus atroces les unes que les autres, j’essayais de ne pas faillir à ma promesse envers Dial, de toujours garder espoir même si celui-ci se faisait de plus en plus faible.

Et ces bains de sangs n’arrangeaient en rien notre conflit avec les démons. Des dizaines d’anges envoyés combattre ces habitants des enfers, Lucifer imitant les ordres de Michaël… A devenir fou.

L’impression qu’on cherchait à m’étouffer chaque nuit un peu plus.
Entendre hurler toutes les nuits. Voir la mort se rependre aussi facilement…
Sentir encore tout ce sang sur mes mains.
Voir mes frères sur le point de tuer une des nôtres, Faith, simplement pour avoir été abandonnée, et après tout ce temps dans l’attente d’un jugement… Après tant de temps à observer les Hommes, j’avais réussi à la sauver, à la mettre en sécurité – du moins je l’espérais – dans cette région japonaise aux pouvoirs incompréhensibles et cachée de tous.

A chaque nouvel attentat, toujours plus de rage, de haine envers les autres.
Les Hommes se déchiraient sous nos yeux et nous, nous restions concentrés sur notre guerre opposées aux démons, entrainant toujours plus de morts.

Et chacune de ces morts résonnait dans mon corps tel un nouveau coup de poignard, voulant toujours aller plus loin.

Palais Céleste • 2015


« Raphaël ! Tu… Ca ne fera qu’empirer les choses ! Tuer… Enfin je sais que c’est un conseil que je n’ai pas toujours suivi, mais tuer les démons, à l’heure actuelle c’est trop tard ! C’est… Des morts en plus ! Je… Tu sais, je sais que toi tu sais au fond de toi que c’est uniquement en nous battant pour les Hommes, et par contre les démons qu’on pourra les sauver ! »

Car au fond, c’est uniquement la paix que je désirais plus que tout. Même si c’était un désir utopique de rêver d’un monde sans tensions entre nous et les démons, je voyais mes frères s’acharner contre eux, laisser le temps aux Hommes de s’entretuer de leur côté, délaissés.

« Vous ne comprenez pas ! Je… »

Écoutez-moi ! Arrêtez ! C’était inutile, j’avais beau parler, essayer de les prévenir… mais le fondement même de notre conflit avec les démons était trop important pour faire disparaître nos actions contre l’Enfer, sans compter l’objectif commun nous animant encore tous, archanges et anges de la première génération, celui de retrouver les traîtres, et de les exécuter devant tous.

« La mort n’entraînera rien de bon en faveur de notre Père… »

Le départ de Castiel fut l’élément déclencheur de mon choix. Lui partait à Miyona pour rétablir l’ordre divin en ces lieux, Faith y avait trouvé un refuge… Cette ville représentait à mes yeux, le seul moyen de me faire entendre. La seule solution pour que mes frères réagissent, du moins prennent en considération mes analyses, mes observations et craintes sur l’avenir…

« Parce que si vraiment, vous m’aimez, alors vous m’écouterez... C'est le seul moyen. »

V) Miyona

J’ignore encore s’ils avaient compris mes intentions, ou simplement prise au sérieux… Mais ce 22 mars 2016, je ne me suis pas laissée le choix. Ou d’une certaine manière si, j’ai pris ma décision, mon courage également malgré l’appréhension. J’avais toujours été libre de mes mouvements ainsi je n’eus pas peur de m’envoler cette nuit, alors que mes frères travaillaient ou dormaient.

L’inconnu. J’ignorais encore si j’allais trouver cet endroit malgré mon estimation approximative. Je suis passée une dernière fois par Londres, une dernière fois sur cette tour, une dernière fois contre cette horloge, en train de regarder le Soleil descendre doucement dans les eaux de la Tamise. Je n’avais jamais retrouvé son corps, mais je considérais ce lieu comme sa tombe, comme un hommage à sa mémoire, que j’avais l’impression de ressentir encore quelques fois…




« Et tu voyages seule ? »

Retour à la réalité. Gabrielle se tourna une dernière fois vers la fillette.

« Et oui… Ma famille est trop occupée, alors je prends l’avion seule. »
« Nous on part en vacances tous ensembles ! Parce que seul Papa, il parle japonais. »
« Tu as bien de la chance, jeune demoiselle. »
« Mais tu vas en vacances aussi ? »
« Hum d’une certaine manière, oui… »

Arrivée à l’aéroport de Sapporo. Gabrielle descendit rapidement les escaliers, un simple sac pour seul bagage. Elle avait étudié cette zone floue depuis son observatoire pendant des nuits entières. Elle finit par déployer ses grandes ailes, s’envolant à l’aveugle… Elle marcha aussi. De longues heures dans des chemins de plus en plus isolés, avec l’impression que jamais elle ne parviendrait à atteindre Miyona. A en perdre espoir.

L’impression que son cœur s’était arrêté, qu’elle se noyait dans une eau trop profonde pour atteindre la surface. C’est l’impression que Gabrielle subit en traversant le bouclier invisible. Paniquée, totalement même… Pas ce silence. Elle qui depuis des millénaires avait toujours senti la présence de ses frères, la puissance du Paradis dans son corps… Brusquement, le silence. Angoissant.



J’avais désiré Miyona pour l’avenir, pour me convaincre que lorsque mes frères arrêteraient leurs guerres contre les démons, ce monde pourrait afin avancer et plus personne n’aurait besoin de se cacher ici.

Mais j’ignorais que ce n’était pas cette raison, qui m’avait permis de trouver Miyona, mais une bien plus enfouie dans mes souvenirs. Un espoir presque endormi.




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Gabrielle I. Andersen
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